
L’agriculture urbaine, forte émettrice de CO2
On l’imagine vertueuse et utile aux métropoles. Mais d’après une étude internationale menée par l’université du Michigan, publiée le 22 janvier dans Nature Cities, l’agriculture urbaine émettrait plus de CO2 que l’agriculture conventionnelle. Les chercheurs ont calculé les émissions de gaz à effet de serre liées aux matériaux et aux activités de l’exploitation pendant toute sa durée de vie. Résultat : les fruits et légumes cultivés dans les soixante-treize fermes et jardins urbains étudiés au travers de cinq pays ont une empreinte carbone en moyenne six fois supérieure à l’agriculture conventionnelle (0,42 kilogramme d’équivalent dioxyde de carbone par portion, contre 0,07 kg).
Pour Benjamin Goldstein, coauteur de l’étude, cette différence s’expliquerait par « les matériaux utilisés pour construire les fermes urbaines (telles que les plateformes surélevées dans lesquelles les aliments sont cultivés, les allées entre les parcelles) ou les fournitures (compost, engrais, tissus anti-mauvaises herbes, essence pour les machines). Tous ces équipements émettent du CO2, d’autant plus qu’ils sont renouvelés régulièrement, les projets urbains étant souvent de courte durée. De son côté, l’agriculture intensive — à grand renfort d’engrais et de pesticides — produit beaucoup : ramené au kilo de nourriture produit, l’impact carbone de ces fermes est ainsi moindre que dans les fermes urbaines ». Une analyse qui n’enlève rien aux autres impacts nocifs de l’agriculture intensive, parfois moins évidents, tels que la destruction d’habitats naturels ou l’appauvrissement des terres.
Quelques exceptions ont toutefois été mises en évidence par l’étude. Les tomates cultivées dans le sol de parcelles urbaines en plein air émettent moins d’équivalent CO2 que celles cultivées dans des serres conventionnelles. Pour les cultures transportées par avion comme les asperges, la différence d’émissions serait nulle. Ces exceptions suggèrent que les praticiens de l’agriculture urbaine pourraient réduire leurs effets sur le climat en cultivant des plantes qui sont généralement produites en serre ou transportées par avion.
Lutte contre les îlots de chaleur, biodiversité, lien social ou absorption des eaux pluviales… Pour Jason Hawes, autre coauteur principal de l’étude, l’agriculture urbaine offre tout de même « une variété d’avantages sociaux, nutritionnels et environnementaux, ce qui en fait une caractéristique attrayante des futures villes durables ».
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