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La forêt française au défi du changement climatique

  • novembre 10, 2023
  • Cécilia Thibaut
  • 0
  • Biodiversité

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La surface de la forêt continue d’augmenter chaque année en France. Mais dans la dernière décennie, l’état de santé des arbres s’est fortement dégradé, principalement en raison des sécheresses. La croissance des arbres ralentit et, avec elle, la capacité de la forêt à stocker le carbone de l’atmosphère.

Pourquoi on en parle

Le nombre d’arbres morts a augmenté de près de 80 % en dix ans par rapport à la décennie précédente, constate l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), un établissement public, dans un rapport annuel [PDF] publié le 12 octobre. Les forêts « en dépérissement » – dont au moins un cinquième des arbres ont plus de la moitié de leurs branches mortes – couvrent presque 4 % de la surface forestière métropolitaine. Cette dégradation est en partie causée par le changement climatique, via l’augmentation des températures, des épisodes de sécheresse et le développement des insectes nuisibles, affirme l’IGN. Bien que la surface forestière continue d’augmenter chaque année en France, la croissance des arbres et leur capacité à absorber du carbone de l’atmosphère ont diminué dans la dernière décennie. Les arbres ont ainsi pompé 40 millions de tonnes de CO2 par an entre 2013 et 2021, contre 63 millions de tonnes entre 2005 et 2013. Certains massifs forestiers du Nord-Est, très abîmés, ne sont « plus des puits de carbone à l’heure actuelle », alerte l’IGN.

En schéma

L’explication

Un déficit d’eau

La surface forestière métropolitaine ne cesse d’augmenter depuis près de deux siècles. L’abandon de terres agricoles, induit par l’exode rural, a permis de libérer des surfaces pour les arbres. En 1908, la forêt ne couvrait que 19 % du territoire métropolitain, contre 31 % aujourd’hui, estime l’IGN. C’est l’occupation du sol la plus importante après l’agriculture, qui couvre plus de la moitié de la France métropolitaine. Cette augmentation du nombre d’arbres et de leur taille cache une autre réalité : « La dernière décennie est marquée par une dégradation de l’état de santé des forêts », explique Nathalie Derrière, chef du département des résultats d’inventaire forestier à l’IGN. Les sécheresses estivales prolongées et répétées ces dernières années ont parfois rendu l’accès à l’eau du sol très difficile pour les arbres. « Ce stress hydrique peut aller jusqu’à leur mort », précise-t-elle. Les forêts de l’est et du nord de la France sont particulièrement touchées. Elles n’ont pas l’habitude d’un tel déficit d’eau, contrairement aux forêts méditerranéennes.

Une augmentation des nuisibles

Avec l’augmentation des températures, des insectes ravageurs d’arbres, comme les scolytes, atteignent l’âge adulte plus rapidement qu’avant et sont plus nombreux. Lorsqu’elles sont fragilisées, les forêts constituent un terrain plus favorable au développement de ces nuisibles. Ainsi, l’épicéa commun, un résineux (arbre à aiguilles) présent dans l’est et touché par la sécheresse, a subi une épidémie de scolytes [voir une photo]. Ces insectes creusent des galeries sous l’écorce pour y déposer leurs œufs, ce qui « coupe les canaux de sève apportant l’eau aux arbres, et les achève », explique Nathalie Derrière. L’épicéa commun est l’espèce qui enregistre le plus de mortalité, selon l’IGN. Les frênes et les châtaigniers, dont la mortalité a également fortement augmenté, sont quant à eux affectés par des champignons venus d’Asie. « Ces champignons n’ont pas de lien avec le changement climatique », précise-t-elle.

Moins de carbone absorbé

Tous ces aléas conduisent à une croissance des arbres de plus en plus lente. Pour la mesurer, les forestiers effectuent de petits carottages (prélèvements) dans les troncs à l’aide d’une tarière, une sorte de foreuse [voir une photo]. Ils peuvent ainsi observer les cernes des arbres (cercles concentriques à l’intérieur du tronc). « Les forestiers constatent que les cernes sont plus resserrés qu’avant et par conséquent, que les arbres grandissent moins vite », rapporte Nathalie Derrière. Les feuilles des arbres utilisent la lumière du soleil, l’eau du sol et le carbone de l’atmosphère pour fabriquer du glucose, dont ils ont besoin pour grandir. C’est ce qu’on appelle la photosynthèse [voir un schéma]. Ayant moins d’eau pour effectuer la photosynthèse, les arbres absorbent moins de carbone et grandissent moins vite. Leur capacité à retirer du carbone de l’atmosphère a ainsi diminué d’un tiers en une décennie, selon l’IGN. Quand les arbres meurent, ils conservent néanmoins le carbone qu’ils ont stocké durant leur vie. « Tant que le bois coupé n’est pas brûlé, il conserve son carbone et peut être utilisé en construction ou pour faire des meubles », précise Nathalie Derrière.

Sélectionner les espèces les mieux adaptées

Les agents forestiers ont conscience des changements du climat et adaptent leurs pratiques en conséquence. « Lorsqu’il plante un arbre, un forestier se projette toujours sur au moins 50 ans, pour qu’il atteigne l’âge adulte et que la production de bois soit rentable », explique Nathalie Derrière. Les forestiers doivent cependant s’adapter à une difficulté supplémentaire : les pluies, variable inconnue du changement climatique. « Nous savons que les sécheresses seront de plus en plus fréquentes et que les températures seront plus élevées, mais nous ne savons pas quelle sera la fréquence des précipitations selon les régions », regrette la spécialiste. Pour augmenter les chances de survie des arbres, les agents forestiers récupèrent les graines des membres les plus résistants ou vont chercher des espèces du sud, plus adaptées à la sécheresse. Les gestionnaires des forêts évitent par ailleurs de planter des espèces, comme les épicéas, qui ne survivent plus à long terme à certains endroits. « En 2050, la carte des essences forestières sera différente de celle d’aujourd’hui », affirme Nathalie Derrière. Des espèces présentes dans le sud devraient s’implanter de plus en plus au nord.

 

Pour aller plus loin

Une vidéo de l’Office national des forêts sur la crise des scolytes en région Grand Est.

Une carte interactive des différentes espèces forestières présentes en France.

Un article sur l’adaptation des pratiques des forestiers face au changement climatique.


Les coûts cachés des systèmes agroalimentaires représentent au moins 10 000 milliards d’USD au niveau mondialLes forêts mixtes, composées de plusieurs espèces d’arbres, stockent en moyenne 70 % de carbone (CO2) de plus que les forêts en monoculture

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