
Alimentation : pourquoi produire plus ne résoudra pas la faim dans le monde (S. Chapelle- Basta- 07/12/23)
https://basta.media/Alimentation-pourquoi-produire-plus-ne-resoudra-pas-la-faim-dans-le-monde
Au sein même de la profession agricole, cultiver les jachères n’est pas une option qui fait consensus. « L’Union européenne est globalement autosuffisante au niveau de la production d’aliments de base, sauf pour ses approvisionnements en maïs venant d’Ukraine », témoignait Jean-Bernard Lozier, cultivateur dans l’Eure et membre de la Confédération paysanne [1]. « Pour la France, la production de blé ou de maïs est suffisante pour couvrir la consommation intérieure à plus de 150 % en moyenne. » De plus, observe t-il, ce n’est pas sur les jachères qu’on comblerait les éventuels déficits d’approvisionnement. « Ce qu’on met en jachères dans les régions de grandes cultures, ce sont les terres les moins productives et elles ne représentent que peu de surfaces. » Si elles constituent moins de 2 % de la surface agricole utile française, ces jachères demeurent des territoires indispensables pour la préservation de la biodiversité.
Produire plus d’agrocarburants
En réalité, si la FNSEA tient à cultiver ces terres en jachère, ce n’est pas tant pour nourrir les humains que les voitures ! « Ces surfaces pourraient permettre de produire, particulièrement la biomasse nécessaire pour la transition énergétique », précise ainsi le syndicat dans son communiqué. Entendez par là : produire des agrocarburants.
Or, c’est précisément ce détournement de la vocation nourricière des terres agricoles qui participe à la crise alimentaire mondiale. « La moitié des terres arables dans le monde servent aujourd’hui à produire des agrocarburants, du fourrage et d’autres produits, comme les textiles, plutôt qu’à nourrir les êtres humains » rappelle Oxfam. D’après le Financial Times, la quantité totale de cultures utilisées annuellement pour les agrocarburants équivaut à la consommation de calories de 1,9 milliard de personnes. Chaque jour, l’Europe transforme 10 000 tonnes de blé – l’équivalent de 15 millions de miches de pain – en éthanol destiné aux voitures, et 10 % de sa production céréalière est utilisée comme carburant.
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, insiste en appelant « à une véritable respiration normative ». En pratique, cette pause a déjà été appelée par Emmanuel Macron lors d’un discours prononcé en mai 2022 : « On s’est donné les objectifs 2050, 2030 pour décarboner, réduire les phytos, etc. Moi, j’appelle à la pause réglementaire européenne. » Depuis, « toute l’Union européenne a enclenché la marche arrière sur l’environnement », déplore Stéphane Foucart dans les colonnes du quotidien Le Monde. On peut citer entre autres le report sine die de la réforme de la réglementation sur les produits chimiques, la réautorisation pour une décennie du glyphosate et le rejet du règlement SUR qui visait à réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici à 2030.
« La lutte contre le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité ne souffre aucune pause » nous confiait il y a quelques semaines le juriste Dorian Guinard, alors que les conséquences de l’utilisation des pesticides sur les écosystèmes n’ont jamais été si bien documentées scientifiquement.
Sophie Chapelle
Laisser une réponse
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.