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Démocratie alimentaire : le droit à une alimentation durable pour tous

  • février 13, 2023
  • Cécilia Thibaut
  • 0
  • Alimentation,Sécurité Sociale de l'Alimentation

 

Lien podcast : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-lundi-30-janvier-2023-5815533

 

En tant que citoyen comment est-il possible de reprendre la main le système alimentaire, c’est-à-dire sur la façon d’organiser la production, la distribution et la consommation de nourriture pour plus de justice sociale et environnementale ?

De nouvelles formes d’accès à une alimentation de qualité se sont déployées ces dernières années : AMAP, groupements d’achats solidaires, tiers-lieux alimentaires… ces formes d’actions collectives permettent aux habitants de reprendre le pouvoir d’agir sur leur alimentation. Mais profitent-ils aux plus précaires ?

Comment lutter contre les inégalités en matière d’alimentation, en donnant accès à tous à une alimentation de qualité ? C’est sur ce combat que sont engagés nos deux invités, aussi bien dans la réflexion qu’à travers des initiatives et expérimentations concrètes sur le terrain.

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Pour rendre accessibles des produits alimentaires de qualité aux habitants des quartiers populaires. Boris Tavernier a fondé le réseau Vrac (Vers un réseau d’achat en commun).

Au coeur de sa démarche, l’idée de développer la démocratie alimentaire, une notion récente qui interroge la manière dont le système alimentaire – production, distribution, consommation – répond ou non à des enjeux de justice sociale et environnementale. Objectif: concilier un accès à de la nourriture de qualité pour tous et une juste rémunération des producteurs.

Pauline Scherer, sociologue intervenante au sein de l’association VRAC & Cocinas, est quant à elle à la tête d’une expérimentation Inspiré du principe de Sécurité sociale de l’alimentation : la caisse alimentaire commune, à Montpellier. Ce projet innovant vise à lutter contre la précarité alimentaire en allouant, sur les fonds d’un budget collectif, une somme d’argent mensuelle utilisable dans des commerces conventionnés.

Une alimentation saine pour tous

Une alimentation saine, respectueuse de l’environnement et accessible à toutes et tous. La précarité alimentaire ne cesse d’augmenter en France. Et pourtant, quel que soit le milieu social, les études montrent que tout le monde aspire à manger des aliments de qualité. Mais comment faire en sorte que bien se nourrir ne soit plus réservé seulement aux personnes les plus aisées ?

Depuis quelque temps, on entend de plus en plus émerger dans les débats les notions de démocratie alimentaire ou même de sécurité sociale de l’alimentation. C’est dans ce contexte que samedi a été lancée à Montpellier une caisse alimentaire commune, un projet innovant visant à lutter contre la précarité alimentaire. Quelles sont les pistes pour lutter contre les inégalités en matière d’alimentation ?

Une étude de l’IRIS, l’Institut du développement durable et des relations internationales, qui a été publiée en février dernier, donc il y a tout juste un an, et qui proposait de poser un autre regard sur les personnes modestes et les pratiques alimentaires. Pour Boris Tavernier : « Quand j’ai démarré dans les quartiers il y a quelques années, à chaque fois, c’était « Mais pourquoi tu vas proposer des produits bio dans les quartiers populaires? C’est la malbouffe, c’est des produits de base et des produits sucrés ultra transformés. Ça ne les intéresse pas », donc c’était vraiment du mépris de classe. Alors qu’on voit bien que l’on soit riche, pauvre ou de classe moyenne, on a tous la volonté de bien se nourrir. »

Pour Pauline Scherer : « Il y a une forte précarité alimentaire aujourd’hui, et bien, on doit trouver des solutions collectives et on a un enjeu à se mobiliser collectivement autour de cette question est politique, qui est aussi une question de citoyenneté et sur laquelle on peut agir. On peut avoir dû pouvoir en tant que citoyen et citoyenne pour peut-être repenser les choses, s’organiser différemment. »

Des initiatives collectives en essor depuis la fin du confinement

Les AMAP, les groupements d’achats, les supermarchés coopératifs, les jardins partagés, les épiceries citoyennes, même si elles restent minoritaires par rapport au recours au supermarché, un mouvement se développe et attire de plus en plus de gens, comme l’explique Pauline Scherer : « Nous avons fait une étude post-confinement sur les initiatives qui étaient nées après, autour de la solidarité alimentaire. Ça a montré que l’alimentation est un vecteur d’engagement. Aujourd’hui, les gens ont envie de s’investir pour différentes raisons parfois écologiques, pour le lien, la solidarité, la santé, il y a vraiment une envie d’engagement.»

À réécouter : Et si demain on consommait à plusieurs pour manger mieux et moins cher ?
Et si demain ?
2 min

Quels sont les freins à l’accès à l’alimentation de qualité pour tout le monde ?

Si l’aspect économique reste le frein majeur quant à l’accès de l’alimentation de qualité, d’autres restent aussi importants comme le souligne Pauline Scherer : « Le quartier où on vit va aussi avoir un impact comme l’environnement alimentaire dans lequel on évolue tous, mais aussi les messages publicitaires qu’on reçoit. Ce dernier point est un enjeu pour la question d’un changement de pratiques alimentaires à l’échelle de l’individu et questionne l’organisation sociale qu’on a aujourd’hui autour de l’alimentation, ça en devient un sujet politique. Il y a aussi une dimension qui est plus personnelle, liée aux émotions, mais qui est aussi très importante quand on parle d’alimentation. »

Le concept de démocratie alimentaire

La démocratie alimentaire est un concept en recherche, mais désigne aussi un mouvement citoyen aux multiples initiatives. Le premier a énoncer le terme, c’est Tim Lang, un chercheur anglo-saxon, en 1996. Dès le départ, il englobe les initiatives citoyennes en incluant la question de la durabilité de notre système alimentaire, dont l’environnement et la justice sociale. Cela veut dire que les citoyens reprennent en main le système alimentaire de la production jusqu’à la consommation.

Une filière bio en difficulté

Même si le bio reste plus cher, il y a d’autres alternatives à trouver pour manger mieux. Pour Boris Tavernier : « Il y a une question politique aujourd’hui. La politique agricole commune finance essentiellement l’agriculture conventionnelle donc il y a moins d’aides pour l’agriculture biologique. Mais aujourd’hui, malheureusement, cuisiner coûte plus cher que d’acheter un plat ultra transformé. Un four coûte entre 30 et 40 % plus cher qu’un micro-ondes, donc il y a aussi cet enjeu à réorienter les financements publics sur une agriculture de meilleure qualité. Malheureusement, aujourd’hui, on n’en prend pas le chemin. On a une filière bio qui est vraiment en difficulté. »

Pour en savoir plus, écoutez l’émission…


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