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La forêt comestible

  • février 20, 2024
  • Serge Mollema
  • 0
  • Biodiversité

1. Ou’est-ce qu’une forêt comestible ?

C’est un jardin, qui ressemble à une jeune forêt, avec beaucoup de plantes comestibles.
Une forêt comestible est une structure avec différentes strates :
– les arbres de 4 mètres à 10 mètres d’hauteur environ.
– les arbustes jusqu’à une hauteur de 4 mètres environ.
– Les grimpantes.
– les vivaces herbacées de quelques centimètres à 3 mètres environ.
– des plantes couvre-sol.
– des plantes à racines comestibles.

Les plantes sont principalement vivaces (qui vivent plusieurs années, minimum 3 ans), ce qui donne au système sa durabilité.
Elles sont mélangées pour leurs bénéfices mutuels.
Une forêt comestible est un écosystème. L’autonomie provient de l’utilisation de plantes fixatrices d’azote et d’autres plantes particulièrement efficaces dans l’extraction de substances nutritives du sol.
Le sol est maintenu dans des conditions optimales en étant recouvert la majeure partie du temps et la santé du jardin est boostée par l’emploi de plantes qui attirent les prédateurs des ravageurs ainsi que par d’autres qui réduisent l’apparition des maladies.
La diversité est également importante : une grande biodiversité améliore quasiment toujours la santé d’un écosystème.
Les forêts comestibles peuvent être cultivées à toutes les échelles : d’un petit jardin particulier à un champ, voire plusieurs.
Le concept ne s’est développé au Royaume-Uni que depuis 25 ans.
Il existe de centaines de kilomètres carrés de ce type de jardins, en particulier en Asie et Afrique tropicales, en Amérique centrale ainsi qu’en Chine.

Les bénéfices d’une forêt comestible
Travailler avec la nature plutôt que contre elle (si vous ne faites rien sur une parcelle de terrain en climat tempéré humide, elle finira par devenir une forêt).
Les forêts naturelles n’ont pas besoin d’énergie humaine, ils s’autogèrent.
Les forêts comestibles se situent entre les vergers et les forêts naturelles et constituent l’un des systèmes productifs les plus économes.
Les arbres et arbustes nécessitent peu d’entretien hormis une taille de temps en temps.
Dans les jardins d’annuelles, une grande partie de l’entretien consiste en désherbage, tandis que dans une forêt comestible, les mauvaises herbes ont peu de place pour s’installer et le désherbage y est donc minimal.
Les forêts comestibles sont hautement efficientes. Les systèmes incluant des arbres sont certainement aussi productifs que des terres agricoles.
Les forêts comestibles peuvent fournir une grande variété de produits : fruits, noix, graines, légumes, salades, fines herbes, épices, bois de chauffage, champignons, herbes médicinales, plantes tinctoriales, de plantes à savons, de la sève et du miel. On y trouve également de quoi faire des piquets, tuteurs, des liens ou de la vannerie.
Il existe de nombreuses études montrant que les récoltes issues de plantes vivaces, tendent à être plus nutritives que des récoltes semblables issues de cultures annuelles. Le système racinaire pérenne et plus étendu des vivaces y est certainement pour beaucoup, ces plantes peuvent exploiter le volume du sol plus efficacement que les annuelles et accumulent de ce fait davantage de minéraux.
Les systèmes basés sur le fonctionnement d’une forêt sont les plus résistants face aux aléas climatiques extrêmes.
La durabilité d’une forêt comestible provient de sa diversité et du réseau complexe d’interactions entre espèces au-dessus et sous la surface du sol. Les forêts comestibles existent sous les tropiques depuis plus de 1200 ans.
Les forêts comestibles ont de nombreux avantages pour l’environnement. Elles séquestrent le dioxyde de carbone dans le sol et dans la biomasse des arbres et arbustes.
Les forêts comestibles sont d’excellents lieux de stockage de l’eau après les grosses pluies.
Une forêt comestible en climat tempéré doit être conçue avec une canopée très ouverte, afin que les plantes sous les arbres reçoivent un maximum de lumière pour accroître leur rendement

2. Caractéristiques et productions

– Les grands arbres seront plutôt cultivés pour leur bois ou pour fixer l’azote. Généralement, les forêts de petite taille ne possèdent pas cette strate. Les petits arbres et grands arbustes (4 – 9 mètres) sont des espèces fruitières et médicinaux.
– Les arbustes sont des buissons fruitiers, à noix, graines et fixateurs d’azote.
– Les grimpantes traversent les différentes strates.
– Les couvre-sol ont la principale fonction de protéger le sol. Dans les petits jardins on peut s’attendre à ce qu’il y ait davantage de plantes pour la récolte.
– Des plantes à parties souterraines comestibles peuvent être incluses (vivaces à racines comestibles).
– Les champignons sont une composante essentielle des forêts comestibles.
– Si vous voulez des légumes annuels, il vous faudra leur aménager une clairière ou ils pourront recevoir suffisamment de lumière.
Il faut éviter de regrouper de trop nombreux sujets de la même espèce. Plus elles peuvent être mélangées, plus le jardin sera résilient. Toutefois, des espèces proches doivent parfois être rassemblées, par exemple quand la pollinisation croisée est requise.
Plus la diversité d’espèces est importante, plus le système se montre résilient et productif. En effet, des espèces différentes partagent rarement les mêmes ravageurs et maladies. Elles occupent des niches écologiques différentes (le sol et l’espace aérien par exemple).
Qu’est-ce qu’une diversité suffisante ?
Vous trouverez dans la plupart des forêts comestibles autour du monde 100 à 200 espèces différentes. Ces chiffres sont difficiles à atteindre dans un petit jardin où une cinquantaine d’espèces est un objectif réalisable. De plus grands jardins (environ 1 hectare) seront capables d’accueillir 500 espèces.
Presque toutes les forêts comestibles ont des lisières (limites extérieures, à proximité d’une clairière, chemin ou bâtiment) où la lumière est plus importante et où on peut cultiver des plantes plus gourmandes en soleil et en chaleur.
Puisque la plupart des cultures sont vivaces, elles n’ont pas besoin d’être replantées tous les ans. Laisser le sol tranquille est très bénéfique pour la structure du sol !
La fertilité est maintenue en partie par les plantes elles-mêmes. Les consoudes sont particulièrement efficaces dans la captation de nutriments dans le sous-sol.
Les plantes difficiles à produire sont les cultures riches en glucides (pommes de terre, céréales). Il existent cependant des alternatives : les châtaignes ont une composition très similaire au riz et ont été utilisées comme « céréales d’arbre » par le passé.

3. Les effets du changement climatique

Humidité du sol
Le niveau d’humidité des sols dépend des pluies, de la température, de l’évaporation, de la vitesse des vents et du rayonnement solaire. Toutes les zones connaîtront une diminution de l’humidité du sol en été et en automne avec jusqu’à 30 – 40% de baisse attendus d’ici 2050.
Ce sont les extrêmes climatiques, plutôt que des moyennes de température en hausse, qui auront le plus fort impact sur les plantes cultivées (sècheresses, températures dépassant 40°C, tempêtes etc.
Les forêts comestibles apportent une réponse évidente à ces menaces et pour la sécurité alimentaire.
Dormance
Le nombre d’heures de vernalisation (nombre d’heures en hiver où la plante est exposée à des températures inférieures à 7,2°C) a déjà diminué de 10 à 20%.
Cela concerne en particulier les pommiers, les cassissiers, les myrtilliers, les cerisiers, les groseilliers, les vignes, les noisetiers, les poiriers, les pruniers, les framboisiers, les groseilliers rouges et les noyers.
Nous aurons donc besoin de passer de variétés locales bien adaptées à des plantes qui nécessitent moins de vernalisation.
Sècheresse
L’irrigation deviendra de plus en plus essentielle pour résister aux sècheresses estivales. La collecte des pluies hivernales en vue de leur utilisation l’été devrait être dans les priorités au moment de la conception du jardin.
Ravageurs
La plus grande partie du contrôle des ravageurs dans les jardins se fait naturellement, sans que l’on n’ait besoin d’intervenir. Mais les insectes qui n’étaient pas des ravageurs pourraient le devenir, sans que l’on puisse le prévoir, en raison de l’effondrement des populations de leurs prédateurs.

Maladies
Des hivers plus humides et plus chauds favoriseront :
– les espèces du genre Phytophthora (mildiou champignon) attaquant les racines.
– des champignons lignivores qui attaquent des arbres stressés.
– les oïdiums et les rouilles (champignons).
La seule réponse raisonnable pour s’adapter à une période de vernalisation plus courte est de commencer à planter des variétés venant par exemple du Sud de la France.

4. Plantes indigènes, plantes exotiques

Il ne peut pas y avoir de liste fixée de plantes indigènes. De nouvelles plantes arrivent en permanence au sein d’un écosystème. Même les vieux poiriers, qui semblent être là depuis toujours, sont des plantes « importées ». C’est pareil pour le blé, l’orge, mais, luzerne, pommiers, pomme de terre, pois, haricots, pruniers, châtaigniers, noyers etc.

5. Imiter la forêt

Une forêt comestible n’est pas une forêt fermée : elle ressemble davantage à un jeune boisement, où les trous sont nombreux entre les arbres et les arbustes, ce qui permet à la lumière de pénétrer ? Sous les tropiques, l’énergie solaire peut être jusqu’à huit fois plus forte et même sous une canopée dense, il passe assez d’énergie pour cultiver de nombreuses autres plantes.
Des essences qui ont de petites feuilles, qui permettent à la lumière de filtrer, laissent passer jusqu’à 40% de la lumière. Elever la canopée des plus grands arbres en élaguant les branches basses latérales est une bonne stratégie pour augmenter la quantité de lumière atteignant les plantes alentour. Mais ce n’est pas toujours une bonne idée pour des arbres qu’il faut récolter manuellement
Hygrométrie
L’humidité atmosphérique est plus élevée sous les arbres et dans les forêts. Cela peut poser problème lorsque l’on cherche à implanter une forêt sur un champs nu, qui n’a pas initialement l’hygrométrie désirée. Il peut se révéler nécessaire d’attendre que les arbres soient assez grands pour introduire des vivaces de sous-bois.
Température
La température de l’air dans les forêts est tamponnée, elle est plus fraiche en été et plus chaude en hiver. Les arbres et les arbustes ralentissent les flux d’air au sein des forêts, prévenant ainsi les dégâts induit par les courants d’air froid souvent plus dommageables que les températures basses seules.
Humidité du sol
Les arbres transpirent de grandes quantités d’eau en été, ce qui rend intense la compétition pour l’eau du sol en période sèche. Chaque espèce d’arbre étend ses racines de manière différente mais l’enracinement varie également avec le type de sol.

6. La fertilité des forêts comestibles

Les forêts comestibles sont basées sur le modèle des jeunes boisements naturels, mais on en attend généralement davantage en termes de récolte que ces derniers. Cela signifie qu’il faudra envisager de nourrir certaines plantes pour compenser les nutriments récoltés.
Des plantes différentes, des besoins différents
On peut diviser en quatre groupes les plantes d’une forêt comestible, selon leurs besoins en nutriments.
– Les fruitiers sauvages peu exigeant et à production faible (Aubépines, Salal) et des vivaces à faible rendement (Chénopode bon Henri, Tilleuls). Ces plantes devraient recevoir suffisamment de nutriments par les processus normaux.
– Les fruitiers à production moyenne (groseilliers), ceux-là demanderont probablement un apport de potasse et de petits compléments en azote.
– Les plantes à forte fructification (châtaigniers, noisetiers, noyers, ronces, pommiers, abricotiers, néfliers, mûriers, pêchers, nectariniers, poiriers, pruniers, bambous) et les vivaces à forte production. Ces plantes demanderont un apport supplémentaire d’azote et de potassium.
– Les légumes annuels. Elles requièrent de l’ordre de trois à quatre fois plus d’intrants. On trouve rarement ce niveau de fertilité dans la nature. La fertilité artificielle dont les plantes ont besoin a des nombreuses conséquences en termes de gestion, de survenue de ravageurs et de maladies etc.
Apporter des nutriments dans une démarche durable
Fondamentalement, aucun système de jardinage ou de culture n’est pas vraiment durable s’il repose sur l’apport massif d’intrants.
Azote
La meilleure façon d’apporter de l’azote à une forêt comestible est d’utiliser des plantes fixatrices d’azote.
Potassium
L’apport de potassium est plus difficile à assurer par des sources sur site. (urine, fumier, compost, mulch de consoude, farine d’algues, cendres de bois).
Phosphore
Les niveaux de phosphores dans les sols sont généralement très stables.
Sources utiles de fertilisants
Il existe quelques sources très aisément disponibles d’engrais dans une forêt comestible : la consoude qui est une des sources de nutriments sur site les plus faciles et les excréments humains.
Urine
L’urine humaine est une source d’engrais appréciable. Uriner sur place c’est l’idéal. Elle n’a pas besoin d’être diluée. Un effet secondaire utile de l’usage régulier d’urine dans le jardin est qu’il est probable que cela agira comme un répulsif pour de nombreux ravageurs, dont les chevreuils et les lapins. De même pour le fumier d’origine humaine.
Consoude
La consoude coupée est un excellent mulch qui se dégrade vite et qui apporte azote et potassium.
Bilans de nutriments
Plutôt que d’essayer d’établir les besoins en nutriments plante par plante et de les appliquer individuellement, il est bien plus simple d’estimer sommairement les besoins de tout le système (toute la forêt comestible) et d’assurer ensuite que l’on dispose d’assez de ressources pour bien les couvrir.

Dans une forêt comestible semi-mature en fonctionnement, vous vous apercevrez que les nutriments vont automatiquement aux plantes qui en ont besoin. Le phénomène a lieu grâce au réseaux mycorhizien qui se forme au fil du temps sous un système constitué de plantes pérennes. Ces champignons déplaceront donc l’azote des zones où il est présent en quantité (sous les plantes fixatrices par exemple) vers les zones où il est requis (sous les fruitiers à forte production par exemple).
Le compost
Si la majorité des plantes que vous cultivez ne requièrent pas un niveaux du sol très élevé, vous aurez pas besoin de grandes quantités de matière fertilisante riche en nutriments comme les composts.
PH du sol
Le calcium détermine le pH du sol (un pH bas est acide, un pH haute est alcalin. La plupart des arbres et arbustes se plaisent dans des sols dont le pH est compris entre 5,5 et 7. Dans une forêt comestible, il est probable qu’un apport de calcaire soit requis, au moins dans les premières années du jardin. Mais lorsque le jardin prend de l’âge, le cycle des nutriments devient de plus en plus efficace.
Il est conseillé de faire une analyse de sol. Dans le contexte d’une forêt comestible, vous n’aurez qu’à chauler une fois ou deux avec un peu de chance. Gardez en tête qu’il pourrait y avoir des zones du jardin que vous pourriez laisser non chaulées, afin d’y cultiver des plantes acidiphiles comme les myrtilliers, les canneberges, le salal etc.

La fixation de l’azote dans les plantes
L’azote issu de plantes fixatrices est rendu biodisponible pour les autres plantes via trois processus naturels principaux :
– La litière (feuilles mortes et débris végétaux), qui est riche en azote.
– Le renouvellement des racines.
– Les champignons mycorhiziens.

Source : La Forêt Jardin, Martin Crawford 2010


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