
Carte Vital’im pour une alimentation plus saine : un point d’étape 6 mois après (La gazette territoriale – 22/04/25)
Voici un retour sur une caisse alimentaire s’inspirant de la sécurité sociale de l’alimentation.
Le principe de bonification est rapidement exposé.
Lancée en juillet 2024 par le Département de la Seine-Saint-Denis et Action contre la Faim, la carte Vital’im vise à faciliter l’accès à une alimentation plus saine. Après six mois d’expérimentation, un premier bilan encourageant se dessine.
« Manger sain et durable, ce n’est pas un privilège, c’est un droit fondamental », explique Hélène Queau, directrice de la Mission France pour Action contre la faim. La carte alimentation durable Vital’im, mise en place en juillet 2024, est un dispositif piloté par le Département de la Seine-Saint-Denis et Action contre la Faim dans le cadre du programme national « Mieux manger pour tous », porté par l’État. Expérimentée d’abord à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pendant six mois, cette première phase vient de s’achever, livrant des premiers enseignements prometteurs.
La carte Vital’im offre aux bénéficiaires un budget mensuel de cinquante euros par personne, à utiliser pour l’achat de produits alimentaires. De plus, une bonification pouvant aller jusqu’à 25 euros par mois est attribuée lorsque les achats concernent des produits dits « durables », c’est-à-dire n’impactant pas les générations futures, ou effectués dans des commerces spécifiques.
À Montreuil, 207 familles, soit 481 personnes dont près de 50 % d’enfants ou d’adolescents, ont bénéficié de ce dispositif dans le cadre de cette phase test. En six mois, ce sont 153 000 euros d’aides qui ont été alloués, dont 19 000 euros pour des achats durables. Selon Patrice Bessac, maire (PC) de Montreuil, « cette initiative est indispensable pour lutter contre la précarité alimentaire : un français sur six ne mange pas à sa faim ».
En parallèle du soutien économique, le projet propose des temps d’échange et d’apprentissage à travers des ateliers et activités organisés par 15 associations locales. Ces actions (cours de cuisine, découverte de jardins partagés, distributions de produits frais, etc…) ont réuni environ 500 participants, parfois à plusieurs reprises. Non obligatoires, ces rendez-vous ont surtout été suivis pour le plaisir de créer du lien avec d’autres et pour mieux comprendre comment améliorer son alimentation au quotidien. Loin d’être un simple accompagnement, ces moments collectifs enrichissent la démarche et permettent d’envisager des changements durables au-delà du dispositif.
Un projet en constante réflexion
Réfléchie en étroite collaboration avec le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, cette initiative a été adaptée au territoire et aux populations, en co-construction avec les principaux concernés. Hélène Queau souligne l’importance de «tenir compte de différents enjeux, notamment l’accessibilité financière et le lien social, pour favoriser l’accès à une bonne alimentation», en espérant qu’un jour, des politiques semblables soient mises en place à l’échelle nationale.
Elle indique également que le dispositif de bonification « repose sur une bonne compréhension des besoins des bénéficiaires et nécessite un accompagnement adapté ». Par exemple, elle note qu’il est plus difficile à Sevran de trouver des commerces dits durables. Il est donc essentiel de « renforcer le maillage de l’offre sur le territoire, en travaillant sur l’urbanisme, l’implantation des supermarchés, l’agriculture urbaine et en dialoguant avec des producteurs ». Selon elle, il s’agit avant tout de « connecter la fourche et la fourchette ».
Autre amélioration à venir concernant la bonification : Hélène Queau précise que celle-ci n’est pour l’instant automatique que sur les lieux d’achat, mais pas encore sur les produits, comme les fruits et légumes qui nécessitent un traitement des tickets de caisse. Pour une automatisation, il serait nécessaire de configurer le système de caisse dans les lieux d’achat et permettre la reconnaissance des produits éligibles à la bonification. Il s’agit là d’un travail en cours qui va nécessiter l’engagement des lieux d’achat pour ce faire. Elle insiste sur l’importance qu’il y aura, dans le cas d’un passage à l’échelle, de bien réfléchir aux critères d’éligibilité des produits, au-delà de l’angle santé choisi à ce jour avec les fruits et légumes, en introduisant des critères autour de la durabilité comme les labels, afin de perfectionner ce système de bonification.
Un bilan positif
L’analyse de cette première période montre des changements concrets dans les comportements d’achat. Les personnes impliquées ont élargi la variété de leur alimentation, consommant notamment davantage de légumineuses et de protéines animales, auparavant délaissées pour des raisons financières. Autre signe positif : le sentiment de manquer régulièrement de nourriture, exprimé par certains au départ, a fortement diminué.
Sans contrainte particulière sur les lieux d’achat, les dépenses se sont réparties entre grandes surfaces (47,5 %) et commerces durables (24,2 %), bien au-delà de la restauration rapide (8,1 %), illustrant une orientation spontanée vers des produits de meilleure qualité.
Le projet Vital’im ne s’arrête pas là. Il s’étendra désormais par phases successives de six mois à Sevran, Villetaneuse et Clichy-sous-Bois, où il concernera au total 1 350 habitants jusqu’à fin 2025. Les résultats complets de cette expérimentation seront partagés en 2026, mais les premiers constats suggèrent déjà l’intérêt de cette approche pour répondre autrement aux enjeux de précarité alimentaire, en conjuguant autonomie et durabilité.
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