
Des collectivités volontaires pour se mêler d’agriculture et d’alimentation, mais sans moyens (P. Chambost- La gazette territoriale- 27/02/25)
https://www.lagazettedescommunes.com/972292/des-collectivites-volontaires-pour-se-meler-dagriculture-et-dalimentation-mais-sans-moyens/?abo=1
Le mouvement citoyen Terres de lien pointe du doigt les faibles aides que l’État apporte aux collectivités souhaitant se doter d’un projet alimentaire territorial. Elles auraient pourtant un grand rôle à jouer en matière de souveraineté alimentaire.
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Le constat est sans appel : “En dédiant 43 % de ses terres à l’exportation, la France hypothèque sa souveraineté alimentaire : la surface disponible par habitant pour se nourrir est réduite à 2 100 m2, soit à peine la moitié de ce qu’il faudrait pour nourrir une personne”, alerte Terre de liens dans un rapport chaudement intitulé “Souveraineté alimentaire : un scandale made in France” et publié le 17 février.
“Nous avons l’impression que même en l’état actuel du droit, avec une volonté politique de l’État d’aider les collectivités, on pourrait aller plus loin, explique Coline Sovran, coordinatrice du rapport. Mais les choses sont quand même déjà en train de bouger”. La chargée de plaidoyer pense notamment aux 450 projets alimentaires territoriaux (PAT), qui sont le plus souvent portés par des collectivités territoriales.
Projets alimentaires territoriaux
Brigitte Allain, ancienne députée écologiste autrice de l’amendement qui a introduit les PAT dans la loi du 13 octobre 2014, observe, lors d’une conférence de Terre de liens le 25 février, que ces projets ont des orientations très différentes les uns des autres. Et l’agricultrice et syndicaliste de la Confédération paysanne de citer, en guise d’exemple, la volonté d’améliorer l’alimentation dans la restauration collective scolaire ici, ou l’aide à la conversion en bio comme opération moins coûteuse que la dépollution de l’eau souillée par l’agriculture conventionnelle là-bas.
Gérard Vernis, élu en charge de la transition environnementale, agricole et alimentaire de la communauté de communes du Bocage Bourbonnais, dans l’Allier, le confirme. “Nous, nous avons voulu ce PAT lorsque nous nous sommes aperçus qu’alors que nous sommes une région d’élevage, on achète de l’extérieur et on vend notre production à l’extérieur, hormis pour quelques agriculteurs qui ont fait le choix de la vente directe sur place”.
Pour le moment, le PAT a notamment accouché d’un annuaire des commerces locaux ou encore des actions d’éducation alimentaire dans des cantines. “Il est en revanche encore trop prématuré” pour savoir si le ratio importation/exportation s’est amélioré. Gérard Vernis rapporte : “On manque de légumes de plein champ mais nous n’arrivons pas à convaincre nos éleveurs d’en faire”. Les freins identifiés par l’élu concerne la répartition du foncier, avec la majorité des terres transmises pour agrandissement, et surtout le manque de moyens de sa collectivité.
Compétence territoriale ?
Brigitte Allain abonde : “S’il y a un embryon de volonté politique de la part de la collectivité locale, c’est bien. Mais le plus souvent ce sont des collectivités qui n’y connaissent rien. Elles nécessitent donc des moyens humains, pour l’animation. Or, les 45 000 euros d’aide de l’État en moyenne [jusqu’en 2020, mais avec la contribution de France relance, les montants devraient être plus élevés, NDLR], c’est vraiment rien du tout”. Et de s’étonner : “Les collectivités s’occupent de l’économie et curieusement l’agriculture n’en fait pas partie”.
“La reconnaissance de leur légitimité à traiter le sujet est nécessaire”, assure Coline Sovran. Terre de liens, dans son rapport, recommande de les doter d’une compétence en matière d’alimentation. Un vœu qu’un collectif de 122 élus locaux a d’ailleurs formulé dans une tribune publiée en novembre dernier dans Le Monde.
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