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Une approche territoriale des facteurs de précarité alimentaire utilisant des données en libre accès – So what – Chaire UNESCO – 30/11/22

  • décembre 27, 2022
  • Le Cadre Marie
  • 0
  • Alimentation

 

https://www.chaireunesco-adm.com/No24-Une-approche-territoriale-des-facteurs-de-precarite-alimentaire-utilisant

https://www.chaireunesco-adm.com/IMG/pdf/01-sowhat-24_2022-fr-15decweb.pdf

Justine Labarre, ingénieure de recherche en sociologie de l’alimentation, Chaire Unesco Alimentations du monde, Montpellier, France
- Claire Néel, doctorante en géographie, INRAE, UMR Innovation, Montpellier, France
- Coline Perrin, chercheuse en géographie, INRAE, UMR Innovation, Montpellier, France
- Nicolas Bricas, chercheur socioéconomiste, Cirad, UMR MoISA et Chaire Unesco Alimentations du monde, Montpellier, France

Les points clés de ce So What ?

- En complément de la classique mesure du nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire, ce travail propose un indice permettant d’identifier des territoires à présomption de précarité alimentaire.
- Cet indice se base sur des données statistiques en libre accès. Il est donc incomplet mais permet une première approche des différentes précarités rencontrées dans les territoires.
- Dans l’Hérault, l’indice montre que les communes cumulant les facteurs de précarité alimentaire sont majoritairement situées dans l’arrière-pays rural. Elles sont souvent éloignées des dispositifs d’aide alimentaire, plutôt concentrés dans les espaces urbains.

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En France, pour évaluer la précarité alimentaire d’un territoire, on peut renseigner le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire [1] à partir des chiffres des plus importantes structures agréées. Or, toutes les structures ne fournissent pas des données comparables, et certaines n’ont aucune donnée. De plus, une partie de la population en situation de précarité alimentaire n’a pas recours à ces dispositifs d’aide, par ailleurs inégalement répartis sur les territoires. Ainsi, non seulement les statistiques actuelles éludent une partie de la précarité alimentaire, mais elles ne permettent pas une comparaison entre territoires. Pour l’action publique et pour les structures d’aide, il y a ainsi un fort enjeu à mieux évaluer l’importance de la précarité dans les territoires.

La caractérisation des différents facteurs menant à des situations de précarité alimentaire constitue un autre enjeu. Plusieurs études s’y sont penchées. Certains indices proposés sont opérationnels, conçus pour être appropriables par les acteurs d’un territoire donné [2]. Cependant, ces travaux se heurtent au manque de disponibilité de certaines données et/ou à des difficultés pour y accéder (données sur le sans-abrisme, ou certaines données de santé). D’autres travaux proposent un indice « idéal », prenant en compte l’ensemble des dimensions de la précarité alimentaire, mais sans tenir compte de l’existence et de l’accessibilité des données [3].

L’objectif du travail présenté ici est de construire un indice prenant en compte la multi-dimensionnalité de la précarité alimentaire, tout en étant appropriable et reproductible par les acteurs locaux publics et associatifs, quel que soit le territoire.

Méthodologie

Ce travail s’appuie sur une revue de la littérature scientifique relative aux facteurs de précarité alimentaire et sur une analyse des indices existants. Afin que l’indice construit soit appropriable et reproductible par le plus grand nombre, celui-ci est élaboré uniquement à partir de données en libre accès. L’échelle communale a été choisie compte tenu de la disponibilité de nombreuses données à cette échelle et de l’intérêt de caractériser les situations en milieu rural. De plus, cet échelon dispose de plusieurs leviers d’action en matière d’accès à l’alimentation, comme la restauration scolaire ou les mesures prises par les centres communaux d’action sociale (CCAS).

L’indice considère les facteurs de précarité alimentaire selon quatre dimensions : monétaire, socioéconomique, de santé et mobilitaire. Pour chacune de ces dimensions, des indicateurs existants et accessibles ont été standardisés de 0 à 1, la valeur de 1 étant attribuée à la situation la plus défavorable en matière d’accessibilité alimentaire. La moyenne de ces indicateurs est calculée pour chaque dimension et la somme de ces moyennes donne l’indice de présomption de précarité alimentaire. Ainsi, un indice élevé témoigne d’une présence importante de facteurs de risque de précarité alimentaire sur la commune.

Une seconde méthode de calcul permet de mettre en évidence le poids variable des différents facteurs de risque en fonction des contextes locaux. Pour chaque dimension, le score de 1 a été attribué aux 25 % de communes les plus défavorisées. Cela a permis de caractériser plus précisément la situation de chaque commune relativement aux autres, et de mettre en évidence les types de difficultés les plus présentes localement.

Chiffrer les différents facteurs de risque : choix des dimensions et des indicateurs

L’impératif d’opérationnalité de l’indice proposé explique l’absence de certaines dimensions pourtant cruciales, comme la variété et la qualité de l’offre alimentaire sur le territoire. Par ailleurs, la mesure du bien-être alimentaire, du sentiment de dignité et de l’exclusion sociale est encore peu explorée dans la littérature, et introuvables à l’échelle communale. Ainsi les quatre dimensions suivantes ont été retenues pour cet indice (Tableau 1).

Dimension monétaire
Le coût des denrées alimentaires constitue pour les ménages les moins aisés un obstacle pour accéder à une alimentation suffisante, diversifiée et de qualité. Cette dimension a été prise en compte en utilisant la médiane du revenu disponible par ménage. D’autres indicateurs monétaires, comme le taux de pauvreté, n’étaient en effet pas disponibles pour de nombreuses communes du fait du secret statistique [4].

Dimension socioéconomique
L’alimentation est vectrice de partage et de convivialité. L’isolement et l’exclusion sociale peuvent fragiliser l’équilibre des repas et mettre à mal leur dimension hédoniste (Ramel et Boissonnat, 2018). Certaines situations familiales (veuvage, monoparentalité) peuvent également décourager la pratique culinaire et constituer un facteur d’appauvrissement alimentaire. Les indicateurs suivants ont été retenus : taux de chômage ; part des ménages dont la famille principale est une famille monoparentale ; part des ménages d’une seule personne ; part des jeunes non insérés.

Dimension de santé
L’alimentation est reconnue comme un déterminant majeur de santé. Faute de données disponibles à l’échelle communale sur la santé des populations, un indicateur d’offre de soins a été intégré [5]. Ce choix repose sur l’hypothèse que plus l’accès aux soins est développé sur un territoire, plus la diffusion d’un discours de prévention sur les liens alimentation-santé est facile. Des indicateurs d’âge ont également été intégrés pour prendre en considération les enjeux nutritionnels spécifiques des personnes âgées et des plus jeunes (Paturel et al., 2019).

Dimension mobilitaire
Certains ménages peuvent n’avoir qu’un choix restreint de lieux d’approvisionnement du fait de faibles capacités à se déplacer (Paturel et al., 2019). La voiture individuelle constituant en France le mode de déplacement principal, un indicateur de non-motorisation a été intégré. Cependant, afin de tenir compte de l’importance d’autres modes de transport dans les espaces urbains, cet indicateur a été rapporté à la densité de population. Enfin, le temps d’accès à la grande surface la plus proche a été intégré, les Français y effectuant près des trois quarts de leurs dépenses alimentaires, et les grandes surfaces étant souvent localisées à proximité d’autres commerces [6]. Le temps d’accès aux commerces alimentaires apparaît alors comme un critère discriminant lorsqu’il s’ajoute à d’autres facteurs de vulnérabilité. Pour des personnes ayant des difficultés de déplacement, la distance aux commerces peut être un frein majeur d’accès à l’alimentation.


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